Compilateur avisé, le label Jahslams rend ici hommage à une voix de velours, figure de proue du rocksteady. Considéré comme l’un des meilleurs chanteurs jamaïcains de sa génération, avant qu’un certain Robert Marley et son reggae-roots ne lui fassent de l’ombre, Alton Ellis décède à 70 ans en octobre dernier à Londres, où il résidait depuis 35 ans.
Avec une impasse claire sur le côté plus tardif et posé de l’œuvre de Mr Ellis (des albums comme Many Moods ou Mr Ska Bean’a), l’essentiel de ce collectorama se concentre sur les premiers opus du crooner (Mr Soul of Jamaica, Sings Rock & Souls, Still in Love). A mesure que les beats ska de l’époque se ralentissent, il a su trouver le timbre juste et le groove approprié pour redéfinir les limites mélodiques du reggae.
Force est de constater qu’il est difficile de couvrir l’intégralité d’un tel héritage en seulement 20 pistes, mais Jahslams s’en sort bien et regroupe tous les hits qui ont forgé et consolidé la réputation d’Alton Ellis. Les tracks, enregistrées pour Coxsone Dodd au Studio One ou pour son rival Duke Reid du label Treasure Isle, reflètent bien l’atmosphère des soundsystems de l’époque. Le slogan antiviolence Dance Crasher fustigeait les indélicats chargés par les labels concurrents de pourrir la bonne ambiance des dance floors. Plus légers, le hit instantané Girl I’ve got a Date, le classique Rocksteady, les orgues malicieuses de La La Means I Love You ou les tribulations amoureuses de What Does it Take dessinent avec finesse les contours de l’univers musical du « Mr Soul of Jamaica ». On découvre aussi avec plaisir deux duos : l’un avec l’égérie du rocksteady Phyllis Dillon, sur Why Did You Leave, et Give Me Your Love avec le chanteur David Isaacs. Sans prétendre être exhaustif, ce Collectorama est un recueil de choix pour découvrir l’une des racines du reggae par ce poète du jeu amoureux.